Dans le monde exigeant de l’ultra-trail, la quête de la performance pousse parfois les athlètes à adopter des stratégies nutritionnelles controversées. Benat Marmissolle, vainqueur de la Diagonale des Fous 2022, a récemment révélé comment un régime alimentaire drastique établi par son entraîneur l’a profondément affaibli en lui retirant les glucides essentiels.
Quand la privation de glucides devient un piège pour le champion d’ultra-trail
Le régime cétogène, adopté par Benat sous les conseils d’un entraîneur rigide, visait à amincir rapidement le coureur pour atteindre « la silhouette idéale du traileur de haut niveau ». Cette méthode coupe radicalement l’apport en glucides pour contraindre l’organisme à puiser dans les réserves lipidiques.
Si le plan affichait des résultats visibles sur la balance, il s’est révélé catastrophique pour la performance sportive et la santé globale de l’athlète. Fatigue intense, irritabilité, troubles du sommeil, et surtout un syndrome de déficit énergétique sévère sont apparus au fil des mois, plaçant la carrière du champion en péril.
Le poids des troubles alimentaires et du syndrome RED-S dans l’ultra-endurance
Benat Marmissolle a souffert de crises d’hyperphagie boulimique récurrentes, un trouble alimentaire souvent lié à des régimes stricts et à une contrainte excessive sur le métabolisme. Ces épisodes, accompagnés de périodes de jeûne, ont causé des fluctuations de poids dramatiques—jusqu’à 12 kilos perdus ou pris en seulement quelques jours.
Au-delà du simple challenge physique, ce déséquilibre nutritionnel a déclenché un syndrome RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport), une condition souvent méconnue dans le milieu de l’ultra-trail, mais aux conséquences lourdes pour l’athlète.
Cette pathologie se manifeste notamment par une diminution de la capacité physique, des troubles hormonaux et un affaiblissement général, compromettant l’endurance et la récupération indispensables pour une course à pied d’endurance.
Vers une meilleure compréhension de la nutrition en ultra-trail : entre mythe et réalité
Les besoins en glucides chez les ultra-traileurs sont aujourd’hui mieux compris grâce aux avancées scientifiques. La recherche recommande une consommation autour de 90 g de glucides par heure pour optimiser la performance en ultra-endurance, un seuil que peu d’athlètes parviennent à atteindre sans préparation spécifique.
Le gut training est désormais une technique essentielle pour entraîner la tolérance digestive des sportifs et permettre une absorption efficace des glucides sans troubles gastriques.
Le cas de Benat souligne aussi l’importance d’un encadrement professionnel qui connaît les limites à ne pas dépasser. L’ultra-trail valorise souvent la souffrance et l’effort extrême, mais il faut savoir équilibrer la rigueur de l’entraînement avec une nutrition adaptée et sans privation excessive, seule garantie d’une performance durable.
Les signaux d’alarme pour un ultra-traileur dont le corps souffre d’un déficit énergétique
- Fatigue chronique inhabituelle et persistante
- Perte de poids rapide sans raison évidente
- Troubles du sommeil et irritabilité
- Fluctuations importantes du poids en peu de temps
- Performances en baisse malgré un entraînement intensif
- Crises alimentaires compulsives suivies de restrictions sévères
Tableau comparatif : impact d’un régime faible en glucides vs alimentation équilibrée en ultra-trail
| Aspect | Régime faible en glucides | Alimentation équilibrée riche en glucides |
|---|---|---|
| Énergie disponible | Faible, risques de fatigue précoce | Optimale, favorise l’endurance |
| Récupération musculaire | Lente, risque augmenté de lésions | Rapide, réduit les risques de blessures |
| Poids corporel | Perte rapide mais instable | Gestion stable et saine |
| Performance sportive | En déclin à moyen terme | Durable et compétitive |
| État mental | Fragile, risques de troubles alimentaires | Équilibré, meilleur bien-être |
Un retour inspirant à l’UTMB avec des bases solides en nutrition et entraînement
Après une traversée du désert marquée par ces complications, Benat Marmissolle amorce un véritable retour en 2026, renforcé par une équipe médicale multidisciplinaire et une meilleure compréhension de ses besoins nutritionnels.
Sa victoire récente à l’Ultra-trail Snowdonia (163 km, 9 200 m D+) témoigne de cette renaissance basée sur une alimentation consciente et une stratégie d’entraînement adaptée. Son projet d’être au départ de l’UTMB à Chamonix fin août est suivi de près par le milieu, qui espère que son témoignage fera évoluer les pratiques.
Ce cas exemplifie combien la science et l’expérience terrain doivent s’allier pour éviter que l’ultra-trail ne devienne un terrain dangereux pour la santé des champions. Plus d’informations sur ce sujet sont régulièrement relayées sur des plateformes spécialisées comme Guidedutrail, qui analyse en continu les performances et les innovations en matière de nutrition et d’entrainement.
